Comment j'ai fait mon coming-out

Il y a une chose que j'ai remarquée en faisant plusieurs coming-out : les gens ne réagissent jamais comme on le pense. On s'imagine dans notre tête la manière dont ils vont réagir, ce qu'ils vont dire, ce qu'ils vont penser de nous, mais au final, cela n'est pas le reflet de la réalité. Au contraire. Parfois, nous sommes très loin de savoir comment nos proches vont réagir ou ce qu'ils pensent de la communauté LGBTQIA+. Je suis toujours surpris de leur réaction et de la façon dont ils me traitent après leur avoir avoué que je suis différent de ce qu'ils pensaient.

Avant de réaliser que j'étais trans, j'ai découvert que j'aimais les femmes. Alors, après avoir passé une année entière pendant laquelle on me demandait si j'avais un copain, j'ai décidé d'enfin leur avouer leur vérité. Au début, je ne voulais pas réaliser de coming-out. Cela semblait stupide, car les personnes hétérosexuelles n'ont pas à dire à tout le monde leur orientation sexuelle. Car les gens présument toujours que la personne en face d'eux est hétéro, que les femmes aiment les hommes et que les hommes aiment les femmes. Pourtant, des tas d'orientations sexuelles existent, mais nous vivons dans une société où il est normal d'être attiré par le genre opposé. Bref, l'été après le lycée a été un moment difficile pour moi, dans le sens où tout mon entourage m'a poussé à aller vers les hommes. Je pense particulièrement à la soirée du 14 juillet où ma tante, ma mère et ma meilleure amie m'ont tiré au devant de la scène pour regarder les pompiers faire un strip-tease... J'étais tellement mal à l'aise. Or, à cette période, mes proches commençaient déjà à se douter que je ne m'intéressais pas aux hommes. Cet événement a été comme une confirmation, et je n'ai pas tardé à leur en parler.

La première personne à qui j'ai avoué mon attirance pour les femmes était ma meilleure amie. La pauvre, elle en a bavé, parce que je n'arrêtais pas de lui tendre des perches, mais dès qu'elle les saisissait, je me refermais comme une huître. Comme... quand elle m'a dit "Tu devrais vraiment te trouver un copain... ou une copine. Ou un chien.". Ou quand elle m'a demandé si le "Love is Love" sur mon mur était là pour faire passer un message. Ce petit mot accroché dans ma chambre lui a sûrement fait découvrir le pot aux fleurs, et pourtant, je n'arrivais pas à lui dire la vérité. Quand j'ai fini par le faire, j'ai été le moins clair possible. Et évidemment, je l'ai fait en texto. Cela ressemblait à quelque chose comme : "Ma tante a dit que j'étais soit très difficile en matière d'homme, soit je commençais à me tourner vers quelque chose d'autre. Bizarrement, c'est la seule qui se pose la question." Clairement, j'y repense des années après, et cela me semble ridicule. Mais je ne savais pas exprimer mes sentiments, et j'avais peur de dire les choses clairement. Ma meilleure amie a été la seule personne qui a réagi exactement comme je l'imaginais : elle m'a soutenu comme personne. Cependant, j'ai vite compris que ne pouvais pas continuer à être aussi peu précis lorsque je faisais mon coming-out. Je devais dire clairement que j'étais lesbienne, parce que c'est comme ça que je m'identifiais.

Alors c'est ce que j'ai écrit à mon cousin, quelques semaines plus tard, avec l'aide de ma meilleure amie. Je me roulais dans l'herbe tellement j'étais stressé, et j'ai éteint et balancé mon téléphone par terre à la vitesse de la lumière une fois que c'était. Et cet idiot... il a cru que c'était une blague, parce que j'étais avec ma meilleure amie, et que forcément, ensemble, on ne sait que faire des blagues apparemment... bref, il a eu une réaction un peu vexante, mais il m'a soutenu plus tard. On ne peut pas dire pareil pour mon coming-out trans. Je ne lui ai jamais fait, en fait, puisqu'on ne parle plus depuis un moment. Je ne sais pas s'il l'a découvert par sa mère ou sur Instagram, mais il ne m'en a jamais parlé.

Pour avouer mon orientation sexuelle à mon père, je lui ai écrit une lettre. Une longue lettre empreinte de sentiments, car j'écris mieux que je ne parle. Je l'ai laissée dans ma chambre le jour où je suis parti vivre à Biarritz. Il a bien réagi. Je n'étais pas sûr qu'il veuille le savoir puisqu'on ne parle jamais de notre vie intime, mais au final, cela semblait important à savoir pour lui, car il m'a conseillé de le dire à ma mère. Je l'ai fait, en face, pour la première fois de ma vie, et elle a pleuré. Elle a pleuré, car soi-disant, je ne pourrais jamais avoir d'enfants. Sa première réaction a été légèrement blessante, mais j'ai rapidement compris qu'elle s'était fait des idées. Je l'ai rassuré, et au final, son esprit s'est ouvert. Elle a accepté que j'aimais les femmes avec, finalement, une facilité déconcertante. Je pensais qu'elle était homophobe, à vrai dire. J'avais déjà entendu des remarques de sa part, et elle laissait toujours mes grands-parents critiquer les personnes gays. Mais il se trouve qu'elle était ouverte au sujet. Seulement, elle avait été élevée avec des parents religieux, et elle n'est pas du genre à les contredire quand ils donnent leur avis. Avec le temps, elle s'est beaucoup ouverte à ces sujets, et je suis très fier d'elle. Elle connaît la bisexualité, le polyamour, et ce sont des choses que je ne pensais jamais pouvoir aborder avec elle.

Mes grands-parents, quant à eux... eh bien, ils ont bien réagi. Et c'est ce qui m'a surpris le plus. Ils ont dit que j'aimais qui je voulais. Pourtant, c'est bien eux qui me disaient que les LGBT iraient en enfer, car c'est eux que Satan a choisi. Cette remarque m'avait beaucoup blessé, car je n'étais pas encore out et mon grand-père venait clairement de dire que j'irais en enfer parce que j'aimais les femmes. Quelques années plus tard, je ne pense pas qu'ils se soucient vraiment de mon orientation sexuelle. Je ne sais pas ce qu'ils pensent de ma transidentité, mais une chose est sûre, ils ne m’appelleront jamais Hayden... ou du moins, pas tant que je ne ressemblerais pas à un homme cis.

Ma mère, que je savais maintenant ouverte au sujet, a bien réagi, et cela ne m'a pas réellement surpris. Même si elle a cru pendant un moment que ce n'était qu'une phase, elle a bien compris que ce n'était pas le cas. J'avais peur qu'elle trouve très compliqué le fait de m'appeler par un prénom différent, mais elle gère très bien. Elle a dû mal à me genrer au masculin tout le temps, mais elle se corrige lorsqu'elle le fait. Mon père, quant à lui, je le pensais ouvert et très respectueux des autres. Je pensais qu'il respecterait mes pronoms et mon prénom. Mais il commence à peine à m'appeler Hayden, alors que j'ai changé de prénom il y a six mois. Il m'appelle toujours par mon deadname derrière mon dos ; il a seulement arrêté de le faire devant moi quand je lui ai dit qu'il ne faisait pas d'efforts. Il me genre constamment au féminin. D'ailleurs, sachant que j'étais trans, il m'appelait "miss" pour éviter de m'appeler par quelconque prénom. Honnêtement, cela me blessait énormément, et cela me mettait également dans une grande colère. En déménageant chez ma mère, je n'ai plus à supporter son comportement, et je lui ai finalement pardonné. Je ne sais pas pourquoi il agit comme ça, s'il ne comprend pas que je suis un homme ou s'il ne sait pas qu'il devrait me genrer au masculin, mais je sais que cela finira par venir. Il m'a genré au masculin pour écrire le justificatif de mon changement de prénom et c'est un bon début.

Une autre personne qui m'a surpris par sa réaction est mon beau-père. Dès que ma mère l'a informé de mon changement de prénom, il a commencé à m'appeler Hayden. Depuis, je ne l'ai pratiquement plus jamais entendu m'appeler par mon deadname. Il m'a avoué que c'est compliqué pour lui de remplacer le "elle" par le "il", mais il essaie. Il a été la première personne à m'appeler Hayden sans broncher, sans se tromper, et cela m'a fait énormément plaisir. Ma grande-tante également a réagi d'une manière bien différente que je ne l'imaginais. Tel mon beau-père, elle a fait le nécessaire, et cela m'a fait chaud au cœur.

Bien évidemment, les toutes premières personnes à me genrer au masculin et m'appeler Hayden ont été les personnes qui m'ont croisé sur TikTok, car c'étaient alors les seuls à être au courant. J'ai ensuite commencé à afficher ma transidentité sur Instagram, et mon entourage virtuel a été adorable. Je ne compte plus les personnes, que je connaisse ou non, qui m'ont félicité, complimenté ou tout simplement traité comme un homme. Vous tous, je vous remercie, car vous m'avez beaucoup aidé <3

Pour en revenir à ce que je disais, bien des personnes m'ont soutenu quand je pensais qu'ils ne m'accepteraient pas. Le coming-out est une étape compliquée dans la vie d'une personne LGBTQIA+, et même après avoir accepté son identité, il peut être dur d'en parler. Mais il existe des tas de façons de faire son coming-out. Vous pouvez le faire par texto, écrire une lettre ou un poème, envoyer une chanson, un TikTok, une vidéo, l'écrire sur un gâteau. Mais vous n'avez pas à en faire un événement important. Vous pouvez balancer votre aveu comme si vous parlez de la météo.

Et si vous ne le souhaitez pas, vous n'êtes pas obligé de faire votre coming-out. Vous pouvez présenter votre partenaire à votre famille sans avoir parlé d'orientation sexuelle auparavant. Vous pouvez discuter de vos pronoms et de votre prénom à vos amis sans leur dire précisément que vous être transgenre, non-binaire, ou peu importe. Vous pouvez choisir de faire ce que vous voulez, car c'est votre vie.

Mais retenez que, peu importe ce que pensent les gens, il y aura toujours quelqu'un pour accepter qui vous êtes. Donnez du temps à votre entourage sans les laisser vous manquer de respect, trouvez les personnes qui sauront vous faire sentir bien. Et lorsque tout le monde vous aura accepté comme vous êtes, votre inquiétude quant à votre coming-out vous paraîtra bien loin.

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