Comment j'ai réalisé que j'étais trans
Avouons-le, comprendre que nous sommes une personne transgenre est une étape compliquée. La société dans laquelle nous vivons n'est pas ouverte sur le sujet, et lorsque nous montrons éventuellement les premiers signes de transidentité pendant l'enfance, nos parents et notre entourage ne le prennent pas au sérieux. Cela peut causer un refoulement de notre part. C'est probablement ce qui m'est arrivé.
Pour reprendre depuis le début, j'ai toujours été un enfant à part. J'ai été assignée fille à la naissance, mais je refusais ce genre. Je déclarais toujours que je voulais être un garçon. À l'âge de mes dix ans, sur mon jeu en ligne favori Blablaland, je clamais haut et fort que j'étais un garçon. J'avais créé mon propre personnage, et pendant des années, j'ai vécu comme une deuxième vie sur ce jeu qui était mon foyer. J'y avais des amis, des camarades de clan, qui me soutenaient et qui me traitaient comme un garçon, ce que j'étais. Mais à l'époque, personne d'autre ne le faisait. Je refusais de porter des vêtements féminins, peu importe ce que ma mère me disait. Elle me poussait toujours à le faire, disant que je "devais m'habiller comme une fille". À cause de cela, j'ai très vite commencé à me comporter comme les gens l’exigeaient de moi. Je n'ai pas immédiatement commencé à m'habiller de façon féminine. Mais j'ai accepté d'être désigné comme une fille et d'être vu comme tel. De toute manière, je n'avais pas le choix ; du moins, c'est ce que je pensais. Après quelques années, au collège, j'ai commencé à porter du vernis pour la première fois. J'ai commencé à porter des boucles d'oreilles. Après le lycée, j'ai même essayé de me maquiller, chose que je détestais depuis toujours.
La période après le lycée a été la plus étrange, à vrai dire. Durant mon année de première, je suis tombé amoureux d'une fille pour la première fois. Après avoir passé le bac, je me suis coupé les cheveux sur un soudain coup de tête et j'ai avoué à mon entourage que j'étais attiré par les filles. Ayant refoulé ma transidentité, je pensais être une femme qui aimait les femmes, et cela semblait naturel pour moi. Avant de faire ce coming-out, j'ai complètement expulsé les garçons de mes pensées. Un an après, j'étais dégoûté d'eux sans savoir pourquoi. Je ne pouvais pas supporter, aimer, apprécier, ou même trouver beau un seul homme. J'ai fait un rejet du genre masculin. Et pendant ce temps-là, je devenais de plus en plus féminin. Short et hauts courts, décolletés, jupes, robes, talons, rouge à lèvre et trait d'eyeliner... j'ai adopté un style qui ne m'avait jamais correspondu auparavant. Je pensais être bien comme ça, je me trouvais sexy et cela me convenait. Je cherchais désespérément une copine et j'étais en dépression à cette époque.
Deux ans après le lycée et mon coming-out, j'ai lentement commencé à remonter la pente. Après tout ce temps à pleurer dans mon lit et sombrer dans le mal-être, mon moral commençait à se remettre. La motivation n'est pas de suite revenue. Il est dur de se mettre debout après avoir passé tant de temps allongé. Mais j'ai réussi, et je suis allé passer mon diplôme d'éducateur canin. J'ai changé de ville l'espace de deux mois pour cette formation. Avant d'y aller, je commençais à me questionner sur mon genre. Je pensais être genderfluid ou non-binaire. Mon look naviguait entre féminin et androgyne. Je ne portais plus vraiment de vêtements "masculins" à cette époque. Mais je sentais que je commençais à me sentir hors de mon genre assigné. La case "femme" ne me correspondait plus, du moins plus tous les jours. J'ai changé mes pronoms sur mon compte Tiktok, indiquant il/elle, et j'ai laissé faire le temps. J'ai cherché un nouveau prénom, de toute façon j'avais toujours haï le mien. Je suis rapidement tombé sur le prénom qui m'a fait un déclic. Il signifiait "petit feu", et le surnom de mon enfance, celui que j'utilisais lorsque j'allais sur Blablaland, était "flamme". Alors, quand ma meilleure amie a découvert sur mon compte tiktok les hashtags #genderfluid et #nonbinary, elle s'est posé des questions, et je lui ai tout expliqué. Je lui avais déjà vaguement parlé de ce questionnement sur mon genre, mais ce n'était pas une vraie discussion pour elle !
Cette étape a été un tournant dans ma vie. Peu après avoir avoué que j'étais genderfluid à ma meilleure amie, et au monde entier techniquement, j'ai commencé à me demander si c'était vraiment ce que j'étais. J'ai avoué à mes parents que je voulais changer de prénom pour m'appeler Hayden, mais rapidement, mon prénom n'a plus été la seule chose qui me provoquait de la dysphorie de genre. Mes pronoms ne me convenaient plus. Changer mes pronoms sur Tiktok a été une bonne chose. Les personnes qui commentaient mes vidéos me genraient au masculin, et cela me faisait du bien. Dans la vraie vie, les gens me traitaient toujours comme une femme et me genraient au féminin. Au début, cela ne me dérangeait pas. Puis, progressivement, j'ai commencé à détester cela. J'ai vite compris que je ne voulais plus utiliser le pronom "elle". J'ai alors changé mes pronoms pour seulement adopter le pronom il. Je l'ai fait sur mon compte Tiktok et sur mon compte Instagram en bloquant toute ma famille pour qu'ils ne soient pas au courant, et là, ce fut incroyable.
Non, c'est faux. Au début, ce n'était pas incroyable. Car j'avais très peu d'amis et les seules personnes à qui je parlais évitaient d'utiliser quelconque pronom. Ils évitaient même de m'appeler par mon prénom, surtout mes parents, qui n'étaient pas encore au courant que j'étais trans. Bref, j'avais l'impression que je faisais chier tout le monde avec ces histoires. Je me demandais constamment si j'étais trans au lieu d'être non-binaire et si voulais prendre de la testostérone. Au bout de deux-trois mois, j'en suis venu à une conclusion : peu importe si j'étais trans, je souhaitais commencer à prendre des hormones pour me masculiniser. Sinon, jamais personne n'utiliserait mes vrais pronoms. Pas longtemps après avoir pris cette décision, j'ai commencé à faire beaucoup de dysphorie de genre. Ou peut-être était-ce avant, je ne saurais dire. J'étais incapable de faire un seul trait d'eyeliner sans me détester avec, je ne pouvais plus porter de jupe ni de robe, et je cachais mon corps sous des sweats larges, même lorsque je portais mon binder. Tout le monde dans la rue m'appelait "madame" peu importe la façon dont je m'habillais, et cela me blessait profondément. Je ne pouvais plus me voir ma poitrine et je complexais de ma taille qui me faisait passer encore plus facilement pour une femme.
En bref, c'était pas cool. Je ne me sentais plus à ma place dans mon corps, je ne savais plus comment m'habiller, et ce sentiment était nouveau pour moi. Je ne savais pas quoi en faire, comment le gérer. J'ai acheté mes premiers vêtements d'homme sur Vinted et, après avoir fait un gros tri, j'ai mis les miens en vente. Quand j'ai porté pour la première fois ce jean bleu droit trois fois trop large, avec ce haut à manches longues tout aussi large, je ressemblais à un petit garçon dans les habits de son père, mais j'ai su que je m'habillerais comme ça pour l'instant. Même si ce n'était pas à ma taille, et qu'on me prenait toujours pour une femme, j'avais besoin de ça pour me prouver que j'étais un homme, peu importe le corps qui se cachait sous les vêtements.
Au début, j'ai décidé de prendre de la testostérone, car je voulais être vu comme un homme. Mais c'est un peu différent maintenant. Bien sûr, si je suis aussi pressé, c'est parce que je désire que les étrangers m'appellent monsieur dans la rue, et que je puisse me présenter comme un homme sans que l'on me dévisage. Cependant, cette envie dépasse le simple regard des autres. Certes, je ne déteste pas mon corps. J'ai appris à l'aimer de nouveau, même s'il a un aspect féminin, mais je sens qu'il n'est pas encore à son maximum. Son évolution n'est pas finie. J'ai hâte d'entendre ma voix changer, de voir mes poils pousser et mon poids se répartir de manière masculine. J'ai hâte de prendre des muscles, d'avoir de la barbe et une mâchoire légèrement plus détaillée. En bref, je suis très excité de voir tous les changements qui vont s'opérer dans mon corps à la prise des hormones.
Il m'a fallu plusieurs mois pour accepter que j'étais un homme. Plusieurs mois pour accepter de me ranger dans cette case. Plusieurs mois pour dire que j'étais trans et non pas non-binaire. Mais quand j'ai enfin adhéré à cette idée, j'ai libéré mes liens. J'ai fait disparaître ce blocage que j'avais, et j'ai également accepté que j'étais attiré par les hommes. Car ce blocage m'avait empêché de m'avouer que j'étais un homme, mais aussi que j'aimais les hommes. À présent, je suis un homme qui aime les hommes et les femmes, et j'en suis très fier. Il suffisait d'accepter qui j'étais pour que tout rentre en ordre.
Quand j'ai annoncé la nouvelle à ma mère, elle a été à la fois surprise et compréhensive. Elle a dit qu'elle avait remarqué que je me questionnais, mais au début, elle pensait que ce n'était qu'une phase. Car je suis caméléon, comme elle dit. C'est vrai, je change tout le temps de style de vêtements, de couleurs de cheveux, mais comment ne pourrait-ce pas être le cas alors que j'ai passé toutes ces années à me chercher, sans même le savoir ? Malgré ses doutes, elle a commencé à me genrer au masculin. Et si vous saviez l'euphorie que j'ai ressentie. Après l'avoir dit à ma mère, elle l'a annoncé à mon père et au reste de la famille car je ne voulais pas le faire moi-même. Les réactions n'ont pas toutes été les mêmes. À l'heure actuelle, je ne sais même pas ce qu'en pense mon père : il ne me genre jamais au masculin, il fait comme s'il ne savait pas que j'étais trans, et il a fallu des mois pour qu'il m'appelle par mon vrai prénom. Et encore, il m'appelle toujours par mon deadname parfois. Ma mère et mon beau-père ne m'ont plus jamais appelé de cette façon, et c'est rafraîchissant. Mes grands-parents, par contre, ont fait comme s'ils ne savaient rien, et cela me serre le cœur, mais je sais que ma grand-mère ne se souviendrait pas de mon prénom, même si elle essayait. La famille du côté de mon père n'est pas au courant et j'attends simplement qu'il l'accepte lui-même pour pouvoir l'annoncer au reste.
À présent, je n'ai toujours pas commencé les hormones, mais je me sens un peu mieux avec mon style. Je passe du masculin au féminin facilement, je reste androgyne de temps, et cela me convient. J'ai accepté que je pouvais porter du vernis et des tops courts ou des brassières même en étant un garçon, et je profite d'avoir un corps avec lequel je suis à l'aise pour porter ce genre de vêtements. Certains jours, je ne veux pas qu'on voit ma poitrine, d'autres cela ne me dérange pas puisque, de toute manière, les inconnus ne me prennent pas pour un garçon avec ou sans vêtements masculins. Je ne sais pas si cela changera avec les modifications de mon corps grâce à la testostérone, mais cela ne me dérange pas de penser qu'un jour, je ne serai plus capable de porter ce genre de vêtements. J'ai eu ma dose de décolleté et de soutien-gorges moulants, le jour où ma poitrine ne sera plus là, ils ne me manqueront pas !
J'écrirai un article sur mon parcours médical le jour où il sera plus complet. En attendant, je publierai régulièrement sur ma transition et mon expérience au fil des mois.
J'espère que cet article vous aura servi, ou du moins aidé à comprendre certaines choses.
Merci d'avoir lu jusqu'au bout,
Hayden
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